• Funny Bunny

     

    Disclaimer : rien ne m'appartient.

    Note : OS écrit pour Cissy, à l'occasion du "Secret Santa 2013" sur le forum frenchficsfanart

    Toute ressemblance avec des personnes existantes est blablabla... Bonne lecture ;)

    ***

    L'homme, allongé dans le lit, semblait toujours inconscient. Une jeune femme l'observait et surveillait sa respiration. Elle était régulière et plus forte depuis qu'elle avait amené là et soigné, quelques heures plus tôt. Elle avait eu beaucoup de mal à le porter jusqu'à cet entrepôt désaffecté mais elle avait réussi. Sa volonté de survivre avait probablement sauvé ces deux personnes.

    La jeune femme vivait là depuis plusieurs mois et avait appris à se débrouiller seule. Elle s'était retrouvée à la rue, sans emploi et sa famille lui avait tourné le dos quand elle avait pris un job de strip-teaseuse dans un bar. N'ayant pour but que de survivre, elle dévoilait ses charmes pour de l'argent. Elle avait trouvé ce vieil entrepôt et s'était aménagé une petite chambre à l'étage, dans la pièce la moins lugubre du bâtiment. Elle vivait donc à quelques blocs du "Funny Bunny". Son patron appréciait sa présence car c'était une belle femme, brune, les cheveux longs, aux formes généreuses. Elle était toujours partante pour des heures supplémentaires, acceptant toujours de remplacer au pied levé les absentes. De plus, elle avait parfois dit oui pour quelques extra, s'attirant les bonnes grâces de quelques bons et riches clients. Le chef de la police fermait les yeux, étant un habitué des lieux.

    Un soir, quelques semaines avant Noël, la jeune femme travaillait au bar et un homme d'une quarantaine d'années était entré. Il inspirait le respect et une aura puissante se dégageait de lui. Il était vêtu sobrement et la jeune femme, en train de parcourir les tables avec son plateau, le trouva déplacé dans le contexte, comme s'il n'appartenait pas à cet univers. Il semblait trop bien pour ce genre d'établissements, malgré sa volonté de faire croire le contraire. La jeune serveuse secoua la tête, se rappelant que ça n'était en rien ses affaires. Elle était là pour travailler et s'il lui laissait un bon pourboire, qui était-elle pour juger ?

    Il lui demanda de lui indiquer une table libre, dans un coin du bar. Où se croyait-il ? Au Ritz ? Elle le guida avec un sourire vers une table isolée, le laissant admirer ses hanches larges et ses fesses rebondies. Elle le surprit à la détailler et il sembla gêné de s'être fait surprendre. "Décidément" pensa-t-elle "ce mec est trop bien pour être vrai !"

    C'est avec un pincement au coeur qu'elle prit sa commande et s'éloigna de lui. Elle lui rapporta son gin-tonic après quelques minutes et il déposa l'argent sur le plateau, avec respect. Elle calcula qu'il y avait trop et lui signala.

    -"C'est pour le service" dit-il.

    -"Monsieur, ça fait bien trop, même avec les 15% pour le service" insista-t-elle.

    -"Gardez la monnaie, vous le méritez !"

    -"Je vous demande pardon ?"

    -"Vous devez passer toutes vos heures de services perchée sur des talons aiguilles, j'espère que ces quelques dollars allégeront votre peine, mademoiselle."

    "Mademoiselle ?" répéta-t-elle dans sa tête. Elle rit intérieurement, il y avait bien longtemps que la demoiselle qu'elle avait été avait disparu, si elle avait jamais existé. Elle avait été une enfant et un jour, elle était devenue une femme.

    Alors qu'elle s'apprêtait à tourner les talons, il attrapa doucement son poignet.

    -"J'ai besoin de compagnie mais... pas ce genre de compagnie..." commença-t-il.

    -"Je vois" dit la jeune femme avec un sourire. "Je veux bien vous rendre service mais mon patron ne me paie pas à rien faire..."

    -"Combien pour combien ?"

    -"C'est 200$ pour une danse privée mais là..."

    -"Non c'est bon, 200$ ça me va !" dit l'homme, sortant d'autres billets de la poche de son jean.

    La jeune femme s'installa face à ce drôle d'homme et il fut saisi par la couleur de ses yeux. Ils étaient verts, un vert brillant, absolument magnifique. Il lui sourit et elle réfléchissait à quoi dire.

    -"Vous aimez le sport ?" finit-elle par demander.

    -"Oui, le base-ball. J'étais en seconde ligue avant d'être blessé."

    -"Oh, c'est dommage ! Que faites-vous dans la vie maintenant ?"

    L'homme sembla hésiter avant de répondre : "J'entraine une petite équipe."

    Si la serveuse avait été moins attentive, elle aurait manqué le fait que son interlocuteur semblait enregistrer chaque détail du bar, les issues de secours, les clients, les employés, les danseuses, le videur, etc.

    Il quitta le bar après une demi-heure, ne manquant pas la remercier.

    Il vint presque tous les jours après cela, à des horaires variables, demandant toujours à être accompagné d'elle. Il était venu une fois quand elle était absente et son patron avait envoyé une autre fille, Cheryl, mais il l'avait gentiment congédiée.

    Puis, il était toujours revenu pendant son service, comme s'il la surveillait. Mais ça ne la dérangeait pas, elle aimait être avec lui. C'était la seule demi-heure vraiment plaisante dans sa journée de travail. Il était beau mec, généreux et la regardait comme un homme regarde une femme, pas comme un client une strip-teaseuse !

    Il était devenu un client régulier et le videur l'appelait même par son prénom, "Jack" ce qui la surprenait, parce que ce n'était pas un "Jack" selon elle.

    Et un jour, tout bascula sans qu'elle ne comprenne vraiment ni comment, ni pourquoi. Un groupe de russes était arrivé, des habitués des lieux. Jack demanda à s'entretenir avec James, le patron. Celui-ci le reçut, surpris par sa demande mais les russes débarquèrent dans le bureau. Tous les clients et les employés purent profiter du spectacle car la pièce était située à l'étage et une grande baie vitrée surplombait l'établissement. Des coups de feu furent tirés et Jack traversa la baie vitrée avec un des russes, celui que les filles soupçonnaient d'être le chef. Ils atterrirent sur une table, qui se brisa sous le coup.

    -"Jack !" hurla la jeune serveuse, horrifiée de le voir immobile.

    Il se releva doucement, ses membres engourdis par le choc. Il lui fit un signe de la main, pour qu'elle se s'approche pas. Le russe était inconscient et ses hommes de main furent au rez-de-chaussée en un rien de temps, armes au poing. Jack attrapa la serveuse par la main et la tira derrière lui, pour fuir. Ils quittèrent l'établissement par la porte de secours, courant à en perdre haleine. Ne sachant pas où se rendre, Jack sembla analyser la situation mais une détonation se fit entendre et l'homme s'effondra. La jeune femme tira le corps de son sauveur pour le mettre à l'abri. Elle se cacha, tenant l'homme contre son coeur. Le temps s'était rafraichi, même pour la Californie. Elle tremblait de froid et serrait les mâchoires pour empêcher ses dents de claquer, sûre que les russes l'entendraient auquel cas.

    Après ce qui lui sembla une éternité, les ruelles étaient calmes, plus rien ne bougeait et elle sursauta quand un chat errant passa près d'elle. Il s'arrêta, la fixa de ses grands yeux tristes et miaula.

    -"Chut !" fit-elle, posant un doigt sur sa bouche, comme si l'animal pouvait comprendre ce geste.

    Elle était complètement groggy et vérifia la température de l'homme dans ses bras, en posant la main sur sa nuque. Il était froid et elle réalisa qu'il allait sûrement mourir si elle ne le soignait pas. Elle se leva, le poids mort contre elle. Elle marcha doucement, vérifiant les alentours. Une fois sûre qu'ils ne risquaient plus rien, elle se dirigea vers son "appartement". Elle fit quand même quelques détours et vérifications, laissant Jack au sol. Ca lui prit une éternité mais elle finir par arriver chez elle. Elle installa l'homme sur son lit et se rendit compte que le chat les avait suivi. Elle n'eut pas le courage de le renvoyer. Elle trouva une petite boite de thon dans ses réserves et lui offrit. Le chat ronronna de plaisir, en dévorant ce qu'elle lui offrait. La jeune femme s'occupa de soulever le t-shirt de Jack pour regarder sa blessure. La balle semblait être ressortie de son épaule droite. Elle soupira de soulagement. Elle décida de changer de vêtement et de sortir faire quelques achats.

    Elle connaissait quelques dealers dans le coin, toujours prêts à lui rendre service. Elle les laissait tranquilles, ne se mêlant jamais de leurs petites affaires. En échange, elle bénéficiait de leur protection dans le quartier, bien que personne ne sache vraiment où elle vivait. Les dealers et autres hommes du coin avaient toujours de quoi soigner les plaies par balle et ne posaient jamais de questions.

    Elle n'avait pas eu le temps de donner l'argent de son service à son patron et comme elle ne pourrait plus jamais remettre les pieds au "Funny Bunny", elle doutait donc que ça soit très grave.

    Elle revint plus tard d'un petit supermarché avec des provisions pour quelques jours et de quoi soigner Jack. Il était toujours inconscient et c'était aussi bien pour lui. Chima, un afro-américain qui vivait à quelques blocs de là, lui avait expliqué les gestes pour nettoyer la plaie correctement et les soins à donner pour éviter les infections. Après cela, elle lui avait offert un de ses rares sourires sincères, l'homme sembla agréablement surpris et se dit prêt à l'aider en cas de besoin.

    Après avoir soigné la blessure et lavé, comme elle avait pu, le t-shirt de son sauveur, elle l'avait mis à sécher et avait couvert Jack. Après quelques heures, il ne sembla pas avoir développé de fièvre et sa respiration se faisait moins anarchique. Confortablement installée dans un fauteuil, la jeune femme buvait un thé, surveillant son protégé. Le chat avait élu domicile près de lui, comme veillant sur son sommeil. Il ronronnait quand elle s'approchait d'eux. Une fois de plus, elle se leva et posa sa main sur le front de l'homme. Elle poussa un petit cri quand il attrapa son poignet. Elle n'avait pas noté le changement de rythme dans sa respiration.

    -"Salut" dit-elle doucement.

    Il écarquilla les yeux.

    -"Salut" dit-il d'une voix rauque. "Où suis-je ?"

    La jeune femme jeta un regard circulaire à la pièce et répondit : "chez moi."

    -"Pourquoi ?"

    -"Pardon ?" demanda-t-elle, en fronçant les sourcils.

    -"Pourquoi suis-je chez vous ?"

    -"Vous avez été blessé dans la fusillade, je vous ai amené ici pour vous soigner."

    -"Une fusillade ?"

    L'homme essaya de s'asseoir dans le lit mais sa douleur à l'épaule l'en empêcha.

    -"Jack ?" demanda-t-elle.

    -"Jack ?" répéta-t-il, confus.

    -"C'est votre nom !"

    -"Non, je m'appelle... mon nom, c'est... Qui a dit que je m'appelais Jack ?"

    -"Vous, un jour au bar, vous avez fini par m'avouer votre prénom."

    -"Au bar ? Quel bar ?"

    Jack, ou peu importe son nom, leva les yeux vers la femme brune, debout face à lui. Il détailla ses vêtements : un sweat-shirt gris, bien trop grand pour elle et un pantacourt de sport en coton. Ses longs cheveux bruns étaient détachés, offrant un contraste avec ses yeux verts.

    -"C'est un peu cliché, non ? Je me réveille après une fusillade, dans le lit d'une femme que j'ai rencontrée dans un bar... ca fait vieux films des années 80 !"

    La jeune femme étouffa un rire.

    -"C'est juste un tout petit moins glamour que ça, mais le résumé est plutôt bon, Jack."

    -"Arrêtez avec ce Jack, ça n'est pas mon nom."

    -"Dites-moi votre nom dans ce cas... car moi, je ne connais que Jack."

    -"Je ne sais pas comment je me prénomme mais je suis sûr que ça n'est pas Jack..."

    -"Peut-être est-ce un diminutif ? Votre prénom doit être Jonathan..."

    L'homme secoua la tête, ce prénom non plus ne lui était pas familier.

    -"Il me semble avoir un diminutif mais ce n'est pas ça..."

    L'homme réussit à se redresser et porta les mains à sa tête.

    La jeune femme remarqua une bosse à l'arrière de son crâne. Elle devina que l'amnésie devait être liée au choc mais elle doutait que le conduire aux urgences soit vraiment une option. Les médecins devraient signaler la blessure par balle et les russes retrouveraient leur trace comme ça, en cherchant bien.

    Elle fouilla dans son sac de médicament et mit la main sur un antidouleur. Elle lui donna un cachet et un verre d'eau.

    -"Merci... euh... je ne connais même pas le nom de la femme dont je suis redevable."

    -"On m'appelle Kimberley, au bar."

    -"D'accord et en vrai, c'est quoi ?"

    -"Mon vrai nom, c'est Cissy."

    -"Merci, Cissy, pour tout !"

    -"Je vous suis redevable aussi, vous savez."

    Comme l'homme l'interrogea du regard, elle expliqua sa vie et leur rencontre. Elle finit par lui raconter en détail la fusillade, dont elle avait été témoin et dont il l'avait sauvée. Tout en l'écoutant, les yeux perdus dans le vague, il caressait le chat, couché près de lui. Elle était sincère dans ses explications, il le savait. Il ignorait d'où il tirait cette certitude mais il le savait, il avait confiance. Cependant, quelque chose dans son récit le troublait.

    -"Vous savez ce que je fais dans la vie ?"

    -"Vous m'avez expliqué que vous aviez été joueur de base-ball et qu'à présent, vous étiez entraineur."

    -"Quel poste occupais-je ?"

    -"Même si vous me l'aviez dit, je doute de l'avoir retenu, je n'y connais rien !" dit Cissy en gloussant.

    L'homme tourna son visage vers elle et sourit.

    Il lui demanda plus tard si elle avait une salle de bain et elle le guida vers une pièce qui faisait office de salle d'eau. La petite pièce était attenante à la pièce qu'elle occupait. De toute évidence, Cissy avait aménagé le bureau du PDG pour vivre le plus confortablement possible. Un fort sentiment d'injustice monta en lui. Comment une jeune femme aussi gentille que Cissy, luttant pour survivre, se retrouvait à vivre dans un entrepôt à l'abandon ? Elle exerçait un métier ingrat mais elle lui avait offert un abri et des soins quand il en avait eu besoin. Peu importe qui il était en réalité - et il doutait d'être entraineur - il devait faire quelque chose pour elle. Mais il devait se remettre sur pied avant toute chose. Il devait retrouver des forces et sa mémoire. De plus, il devait se cacher des russes avant de pouvoir se débarrasser d'eux.

    Il regarda son reflet dans le miroir de fortune. Il était torse nu et observa sa blessure de près. Elle semblait propre, aucun signe d'infection apparent. Il vit un mouvement dans le miroir, il fixa Cissy derrière lui.

    -"Désolée, je voulais te rendre ton t-shirt" dit-elle, en lui tendant son vêtement.

    -"Merci" dit-il, en se tournant, afin de la regarder en face.

    Il attrapa son t-shirt, frôlant les doigts de la jeune femme. Cissy se détourna rapidement de son invité, elle semblait troublée.

    Elle essaya de préparer quelque chose de léger pour le dîner, le chat dans les jambes.

    -"Il est beau ton chat, comment s'appelle-t-il ?"

    -"Ce n'est pas mon chat, je l'ai ramené avec nous après la fusillade. Il n'a pas encore de nom" expliqua Cissy.

    Jack lui sourit.

    -"Tu as besoin d'aide ?"

    -"Si tu veux mettre la table."

    Ils dînèrent tranquillement, discutant de la fusillade. L'homme sentant qu'il devait avoir tous les détails, ignorant pourquoi. Cissy ne comprenait pas non plus les questions pointues qu'il lui posait mais répondait de bonne grâce.

    Cissy fit la vaisselle dans la petite salle d'eau, grâce à une petite bassine. Son invité proposa de sécher la vaisselle et de la ranger.

    Un problème se posa au moment du coucher, chacun proposant à l'autre de prendre le lit.

    -"On n'a qu'à partager le lit, chacun de son côté. Je te promets de ne rien tenter" promis Jack.

    Cissy était trop fatiguée pour argumenter.

    -"J'espère que ta femme ne t'en voudra pas."

    -"J'ignore si je suis marié mais je ne pense pas. Qu'aurais-je fait dans un club de strip-tease ?"

    -"Tu as dit que tu voulais de la compagnie mais tu n'as jamais payé pour... enfin, tu sais... tu es resté fidèle à ta femme, si tu en as une."

    Ils se couchèrent, habillés, dans le lit froid. Le chat vint se blottir contre Cissy, profitant de sa chaleur.

    Le lendemain matin, Cissy croisa le regard brun de son voisin.

    -"Salut !" dit-elle en s'étirant.

    -"Salut !" répondit l'homme, appréciant le petit gémissement qui s'échappa des lèvres de Cissy quand elle étira ses muscles froids.

    Le chat bâilla, visiblement contrarié d'avoir été réveillé. La jeune femme se leva pour préparer le petit-déjeuner.

    -"Tu te sens bien ?" demanda-t-elle à l'homme qui se massait les tempes.

    -"J'ai un peu mal à la tête. Tu as d'autres médicaments ?"

    -"Oui, laisse-moi voir ça."

    Elle fouilla dans ses affaires et lui tendit un nouvel antidouleur.

    -"Jack ?" demanda-t-elle, en posant sa main sur l'avant-bras.

    Il avait posé ses paumes sur ses yeux.

    -"Don."

    -"Je te demande pardon ?"

    -"Je m'appelle Don... je crois !"

    -"Oh je vois... Tiens, prends ça" dit Cissy, en lui posant un cachet dans la main.

    Don se rallongea après le petit-déjeuner, son mal de tête ne se calmant pas. Cissy tenta de faire un peu de ménage, sans faire de bruit puis elle s'installa dans son fauteuil avec un livre. Elle levait régulièrement la tête vers le chat, blotti contre Don.

    L'homme en question gémit dans son sommeil et Cissy s'approcha de lui. Elle posa une main sur son front et sentit la chaleur. Comme il avait déjà eu des médicaments, elle ne le réveilla pas pour lui donner autre chose mais elle prit une bassine avec de l'eau fraiche et passa un gant de toilette sur son front. Elle s'installa près de lui, sur le lit mais finit par s'endormir.

    Quand Don s'éveilla plus tard, le jour commençait à décliner et Cissy était blottie contre lui. Il sourit. Cette femme était étonnante, elle possédait peu de choses mais partageait tout avec lui - un inconnu qui avait menti sur son identité. Elle n'avait posé aucune question, acceptant que Jack soit en réalité Don. Elle gigota et ouvrit les yeux pour croiser les siens. Don tendit la main vers elle, caressant tendrement sa joue. Sans aucune préméditation, il déposa un fin baiser sur ses lèvres.

    -"En quel honneur ?" demanda-t-elle, en gloussant.

    -"Juste pour te remercier."

    -"De quoi ?" demanda Cissy, les yeux brillants.

    -"D'être toi, d'être là..."

    Alors, Cissy passa un bras autour de la nuque de Don et l'attira vers elle, le forçant à l'écraser de son poids. Elle l'embrassa. Ils ne parlèrent plus, mettant leurs cerveaux sur pause, se laissant uniquement guider par leur instinct et par leurs sens.

    Plus tard, dans un enchevêtrement de draps, Cissy posa sa tête sur le torse nu de Don, écoutant le rythme régulier de son coeur. Il avait passé un bras sous sa tête, l'autre dans le dos de sa compagne.

    -"Je suis si bien là" dit Cissy, rêveuse.

    -"Moi aussi. C'est dur à croire mais je me sens bien, apaisé alors qu'on vient de survivre à une fusillade..."

    Cissy se blottit un peu plus contre Don.

    -"Que fait-on maintenant ?"

    -"Que veux-tu dire ?" demanda Don.

    -"Je viens de perdre mon boulot, j'en suis certaine. Je vais devoir chercher un travail et on ignore si tu es vraiment entraineur de base-ball..."

    -"Tu ne peux pas sortir trop souvent d'ici. Ceux nous ont tiré dessus ne vont pas abandonner comme ça..."

    -"Que fait-on, alors ?" demanda Cissy à nouveau.

    -"Est-ce que j'ai des papiers au moins ?" demanda Don, quittant le lit.

    Il chercha ses vêtements et fouilla dans les poches. Il trouva de l'argent, mais pas de documents importants, comme si c'était un faux.

    -"Ca nous aidera à tenir un peu, en attendant qu'on sache quoi faire" dit Don, donnant l'argent à Cissy.

    Il trouva une carte de visite vierge, portant uniquement un numéro de téléphone. Il donna la carte à Cissy, pour voir si elle reconnaissait le numéro. Elle secoua la tête.

    -"Prête-moi ton portable, s'il te plait."

    -"Je n'en ai pas."

    -"Pardon ?"

    -"Toutes mes affaires sont restées au club, je n'ai ni papiers, ni carte de crédit, ni mon portable..."

    -"Bon, indique-moi la cabine la plus proche et donne-moi ça" dit-il en prenant un billet, avec un sourire.

    Don était sorti s'acheter une casquette, des lunettes de soleil, puis il avait fait quelques courses. Il était passé près d'une cabine téléphonique et avait appelé le numéro trouvé dans son portefeuille.

    -"Bureau de Jack Anderson" avait dit une femme et Don avait raccroché immédiatement.

    Il était rentré à l'entrepôt par des chemins détournés. Le chat miaula à son retour.

    -"Oui oui, le chat, j'ai pensé à toi !" dit Don, en exhibant un sachet de croquettes.

    Cissy lui sourit tendrement. Don rangea ses courses et expliqua à la jeune femme que le numéro n'avait rien donné.

    -"Charlie..." murmura-t-il, pensif.

    -"Qui est-ce ?"

    -"Je ne sais pas trop... un homme qui compte beaucoup pour moi mais... je ne sais pas d'où je tiens ça."

    -"La mémoire va te revenir, donnes-toi du temps !"

    -"Imagine que j'ai une famille, je veux dire des parents ou des enfants... Ils doivent être inquiets !"

    Cissy le serra dans ses bras, pour le réconforter. Don ne savait pas comment elle faisait ça mais ça lui faisait du bien de la sentir contre lui.

    -"On en revient au même problème, que va dire ta femme ?"

    -"Je n'ai pas le sentiment d'être marié... ou même d'être avec une femme... Je me sens bien avec toi !"

    -"Don... je pense que je commence à tenir beaucoup à toi..."

    -"C'est réciproque, Cissy. Quoi qu'il arrive, je ne renoncerais pas à toi !"

    Il l'embrassa et la guida vers le lit.

    Don se réveilla en sursaut pendant la nuit. Il se passa une main sur le visage. Il avait eu des flashs et essayait de recoller les pièces du puzzle. Sa mémoire était une passoire et ce sentiment d'impuissance le mettait mal à l'aise. Il n'aimait pas être faible.

    Il se recoucha près de Cissy, qui se colla à lui. Il caressa son bras et déposa un baiser sur son épaule. Il ne trouva pas le sommeil mais resta à méditer dans le noir. Le chat vint s'installer sur sa cage thoracique et ronronna pour accompagner ses pensées.

    Quand Cissy se réveilla, elle trouva le chat, la truffe contre la gorge de Don et ce dernier, la bouche grande ouverte, une main sur le chat.

    Des bruits dans l'entrepôt le réveillèrent et Cissy commença à paniquer.

    -"Habille-toi vite" dit Don, en chuchotant.

    Il poussa le chat pour se lever et se vêtir rapidement. Un réflexe lui fit chercher son arme à la ceinture mais sa main ne rencontra que le vide. "Il est beau le flic amnésique sans flingue !" jura-t-il intérieurement.

    -"Quoi ?" demanda Cissy, face à sa mine perplexe.

    -"Tu n'aurais pas une arme par hasard ?"

    Cissy fouilla sous son lit et sortit un Beretta 92R, qu'elle tendit avec ses chargeurs, à Don.

    -"Mais qu'est-ce que tu fous avec ça ?" dit-il, aussi doucement que possible, tout en chargeant l'arme.

    -"C'est mon ami Chima qui me l'a donné."

    Don soupira et lui fit signe de se cacher. Elle attrapa le chat et s'enferma dans sa petite salle de bain. Don ouvrit la porte et ses réflexes de flic refirent surface. Il avait chargé le Beretta sans même se poser de questions, ce qui lui avait fait un peu peur. Il se prépara à descendre les escaliers quand des coups de feu se firent entendre, en bas. Il se plaqua contre le mur mais continua à avancer. Arrivé à quelques pas des escaliers, il se figea car une équipe d'intervention le mit en joue. Reconnaissant les forces de police, il leva les mains en signe de reddition. Un agent en civil, avec le pare-balles du FBI, se détacha du groupe d'hommes en noir.

    -"Don !"

    -"Euh... oui ?"

    L'agent en question semblait familier à Don mais il n'arrivait pas à se rappeler ni son nom, ni leurs liens.

    -"C'est moi, David... David Sinclair. Est-ce que ça va ?"

    -"Je vous connais ?"

    -"Je suis ton second, si je puis dire. Tu veux voir un médecin ?"

    Avant que Don ne puisse répondre, il entendit la porte de la chambre de Cissy s'ouvrir. Ne voulant pas qu'elle soit blessée, il se mit en travers du couloir, les bras écartés.

    -"Ne tirez pas !"

    -"Don ?" interrogea la petite voix de la jeune femme.

    L'intéressé se tourna vers elle et lui sourit.

    -"Tout va bien, c'est la police."

    David ordonna à ses hommes de ne pas intervenir. Un jeune homme monta les marches à la hâte, en hurlant "Don !"

    Avant que Don ne puisse faire quoi que ce soit, le FBI avait emmené Cissy. Il était en train de se faire ausculter par un médecin, dans une ambulance, quand les cris de la jeune femme attirèrent son attention.

    -"Cissy !" hurla Don, s'arrachant à ses soigneurs.

    Charlie posa une main sur son épaule valide et essaya de calmer son frère. David était aussi intervenu.

    -"Don, on doit la mettre dans le programme de protection des témoins. Youri Vasili est toujours recherché et elle est en danger ! Nous avons abattu ses hommes de main seulement."

    -"Non ! Je dois la voir, je veux lui dire au revoir !"

    -"Ce n'est pas possible, Don, tu le sais !"

    Don avait imploré ses supérieurs dès son retour mais ils avaient été inflexibles : il ne reverrait plus Cissy. Elle était désormais un témoin sous protection. On lui avait fourni un toit, une voiture, un travail, c'est tout ce qu'il avait besoin de savoir.

    Seul chez lui, Don repensait à Cissy et à cette merveilleuse nuit avec elle. Quand il était rentré de son petit tour - celui qui avait permis à son frère et à David de le retrouver - il avait offert une plante en pot à Cissy.

    -"Joyeux Noël, je sais que c'est peu de chose mais..."

    -"Merci !" avait dit Cissy, se jetant à son cou.

    Elle rayonnait. Qui aurait pu dire que des roses de Noël la rendraient si heureuse ?

    Quand la mémoire lui revint entièrement, il décida de retrouver lui-même Cissy. Charlie et David s'en rendirent compte et décidèrent de l'aider.

    Charlie mit à profit ses compétences pour localiser la jeune femme. Ils n'avaient pas accès aux fichiers sécurisés du programme de protection des témoins, mais Don se rappela que ça n'avait jamais arrêté son frère. Il lui expliqua ses calculs mathématiques - auxquels Don ne pigeait rien...

    Cissy était installée dans son jardin, profitant des rayons du soleil de l'Arizona, quand elle entendit des portières claquer dans la rue. Le bruit était solennel et elle pensa immédiatement "fédéraux". Le temps qu'elle fasse le tour, par le jardin, l'un d'eux sonnait déjà à sa porte. Il portait son chat dans ses bras.

    -"Oui, monsieur l'agent ?" dit-elle à l'homme de profil.

    Quand il se tourna vers elle, elle crut que son coeur allait s'arrêter.

    -"Jack ?" dit l'homme avec un sourire, pointant le chat du doigt et son collier avec son nom.

    -"Oui, je l'ai trouvé dans la rue, après été sauvée d'une fusillade. Je l'ai baptisé comme mon sauveur" dit Cissy, malicieusement.

    Elle rassembla toute sa volonté pour ne pas se jeter au cou de Don et le serrer fort.

    -"Tu apportes de mauvaises nouvelles ?"

    Ils s'étudièrent longuement, à travers leurs lunettes noires, puis Don répondit : "Plutôt de bonnes en fait. Youri a été assassiné, il n'y aura pas de procès, ta protection est levée."

    -"Oh, je vois. Je dois rendre la voiture et la maison ?"

    Don posa Jack au sol et remarqua les roses de Noël, près de la chatière. Il se rapprocha de Cissy.

    -"Non, tu peux choisir de rester là ou..."

    -"Ou ?"

    -"Ou bénéficier d'une protection du FBI permanente, à Los Angeles, chez moi, 24h/24..."

    Cissy enroula ses bras autour du cou de Don et l'embrassa doucement. L'agent la prit dans ses bras, la serrant fort.

    -"La protection policière me tente bien..."

    Ils s'embrassèrent encore.

    -"Tu sais, je ne suis pas le genre de mec à aller dans des clubs pour hommes d'habitude mais..."

    -"Tu étais sous couverture. Je sais, l'agent Sinclair m'a tout expliqué."

    -"David ? Quand l'as-tu vu ?"

    -"Quand je suis venue chercher mes effets personnels chez moi, il était là et a demandé à me parler. Il était passé au club et m'avait rendu mes affaires, sauf celles portant mon nom. Il a tenu à me parler de toi, du genre d'homme que tu étais... Il a juré que tu ferais tout pour me retrouver, alors j'ai gardé espoir."

    -"Tu savais que je viendrai ?"

    -"Au fond de moi, j'ai su quand je t'ai rencontré que tu étais différent."

    Don embrassa Cissy et posa son front sur son épaule.

    -"Que décides-tu ?"

    -"Je rentre à LA avec toi, mais à une seule condition !"

    -"Laquelle ?"

    -"Je garde Jack et mes fleurs !"

    Don rit et promis qu'en plus de celles qu'elle avait déjà, Cissy aurait toujours des fleurs à Noël.

    FIN


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  • Souvenir d'un Noël passé

    Disclaimer : La Famille Addams est la propriété de Charles Addams, je ne tire aucun bénéfice de cette histoire. Certains personnages sont issus de ma propre imagination.

    Note : OS écrit pour Whogirl, à l'occasion du "Secret Santa 2014" sur le forum frenchficsfanart.

    Je me suis inspirée des personnages des films, tout en me servant des détails de la série (vue il y a bien longtemps).

    ***

    Depuis le seuil, Gomez Addams observait sa chère et tendre épouse, Morticia. Elle ne semblait pas consciente de sa présence dans son dos et cela convenait parfaitement à l'homme amoureux qu'était Gomez.

    Elle était belle comme une diablesse et il aimait la contempler à son insu, pendant qu'elle était occupée avec ses plantes. Cléopâtre était de loin sa préférée et il le savait, puisqu'il lui avait offert cette plante carnivore pour leur mariage.

    Quand Gomez observait Morticia à la dérobée, cela lui rappelait ses jeunes années.

    En effet, ils s'étaient officiellement rencontrés à l'enterrement de Balthazar, le cousin de Gomez, mais le jeune homme avait déjà remarqué Morticia à l'université, un soir de réveillon.

    Il y étudiait le droit pendant qu'elle fréquentait la fac de lettres. Il avait appris par la suite qu'elle passait un diplôme de "Charmes et sortilèges" tout en suivant des cours de botanique maléfique. Il ignorait d'où lui venait cette passion pour cette discipline, mais Morticia était fascinée par les plantes carnivores. Sans doute lui rappelaient-elles les instincts primitifs de l'être humain, leur côté bestial et sans pitié. Un héritage de leurs ancêtres cro-magnon.

    La première fois qu'il l'avait vue, elle marchait dans les allées du campus en compagnie de sa jumelle, Ophelia Frump. Morticia avait les cheveux noirs d'ébène et sa soeur, elle, était blonde. Les deux jeunes femmes étaient grandes et maigres mais Ophelia dépassait sa jumelle d'une demi-tête. Tous les regards convergeaient vers elles deux et elles feignaient d'y être insensibles mais Gomez pouvait voir qu'elles se délectaient de cette fascination morbide qu'elles inspiraient.

    Le jeune homme ne faisait pas exception et il peinait à détacher son regard. La scène se déroulait comme au ralenti sous ses yeux et son coeur qui était mort dans sa poitrine se mit à battre pour la première fois.

    Un étudiant bouscula Morticia au détour d'une allée, éclairée seulement par la pleine lune. On entendit un loup-garou hurler et Gomez se souvenait parfaitement de la suite : Ophelia força le jeune homme à ramasser les livres qu'il avait fait tomber des mains de sa soeur et les jumelles le toisèrent de toute leur hauteur. Gomez aurait presque eu pitié de l'étudiant si ce sentiment lui avait été familier !

    Le jeune étudiant bafouilla des excuses et rendit ses livres à Morticia tout en tremblant des pieds à la tête. Gomez esquissa un sourire, aussi bien dans le passé face à cette scène que dans le présent, en contemplant cette créature fantastique.

    A présent, Morticia coupait la tête ses roses, juste sous la corolle, afin de faire un bouquet pour le centre de table. Noël était une tradition dans la famille depuis des générations mais en bonne maitresse de maison, elle veillait à ce que tout soit particulièrement soigné. Aucun détail n'était laissé au hasard. Elle savait également que Gomez attendait d'elle une fête mémorable et elle ne voulait pas le décevoir.

    Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Gomez s'était bien gardé d'avouer à Morticia qu'il était tombé fou amoureux d'elle bien avant de la rencontrer. Ce souvenir faisait partie de son jardin secret et chaque année à Noël, il le dépoussiérait, se le repassait en boucle et le rangeait finalement soigneusement, dans l'attente de l'année suivante.

    Morticia était consciente de la présence de Gomez dans son dos, comme tous les ans à cette période. Elle le laissait croire depuis toutes ces années qu'il était discret et elle, ignorante de son aura.

    Elle le connaissait par coeur et malgré tout ceci et toutes ces années, elle l'aimait chaque jour un peu plus.

    Elle savait également à quoi il pensait, debout dans dos. Morticia savait qu'il était tombé sous son charme ensorcelant à l'université, le cousin Machin l'avait surpris et quand il l'avait reconnu aux obsèques de Balthazar, il n'avait pu s'empêcher de tout raconter à sa cousine.

    Puisqu'elle était immédiatement tombée sous son charme quand on les avait officiellement présentés, elle avait tenu sa langue.

    Bien des années plus tard, ce petit secret pimentait encore leur mariage. Cela avait quelque chose de magique et de mystérieux.

    Cette année encore, Noël serait grandiose et leur secret, bien gardé.

    Un cri résonna dans le lointain puis, un tintement se fit entendre. De concert, Gomez et Morticia tournèrent la tête vers le haut de la véranda er il leur sembla qu'un traineau se détacha du clair de lune.

    Avaient-ils rêvé ou est-ce que le vieux barbu venait de passer avec ses rennes ?

    FIN


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  • Le bain de minuit

    Genre/Pairing : Ship Bill/Laura

    Saison : Quelque part dans la saison 3 - après New Caprica et avant le procès de Baltar.

    Disclaimer : Les personnages de la série ne m'appartiennent pas.

    Note de l'auteur : ma première fic sur BSG, histoire de changer un peu, j'espère que ça vous plaira.

    ***

    "Galactica, ici Apollo."

    "Oui, Apollo ?" demanda l'Amiral Adama à son fils.

    "Vous aviez raison, il y a bien une planète cachée derrière cet amas de débris. Je lance une mission d'exploration, Monsieur ?"

    "Oui Apollo, vous avez le feu vert" répondit Dee Dualla, suite au hochement de tête silencieux de l'Amiral.

    De retour sur le Galactica, Lee Adama se rendit dans les quartiers de son Amiral de père afin de lui faire son compte-rendu. Il attendit d'être invité à entrer et salua son père ainsi que le Colonel Saul Tigh, le Second.

    "J'ai trouvé un vaisseau colonial sur la planète, Monsieur. Il était habité."

    Lee observa son père baisser la main qui tenait son verre d'eau, dans un geste très lent. Il était rare de trouver des survivants des colonies et encore plus rare de surprendre l'Amiral.

    "Tu as pris contact avec eux ?"

    "Oui, Monsieur. Il s'agit d'un vaisseau de transport de marchandises et de civils, connu sous le nom de "Iliade", le capitaine disait que le Colonel Tigh devrait connaitre."

    "C'est le cas, il assurait la liaison entre Aerilon et Tauron. Comment le Capitaine a-t-il dit qu'il se nommait ?"

    "Parks."

    "Oui, c'est bien ça" confirma Tigh, pensif.

    L'Amiral reprit son verre pour boire une gorgée et posa encore quelques questions à Lee afin de savoir si la flotte pourrait se poser un moment sur cette planète. Tout le monde avait besoin de prendre un peu de repos et de l'air frais ne pourrait nuire à personne.

    "Ils semblent avoir trouvé cette planète depuis un moment et ils ont des vivres qu'ils sont prêts à échanger avec nous, contre du tylium."

    "Bien entendu" nota Bill.

    Il congédia ses officiers car il avait un appel à passer et il n'avait pas besoin de témoins.

    "Madame la Présidente, c'est le Galactica" annonça Tory.

    Laura Roslin esquissa un sourire, sachant qui l'appelait et elle peinait à masquer sa joie de l'entendre. Elle prit le combiné et attendit que son assistante quitte son bureau pour commencer à parler. C'était quelque chose qu'elle ne faisait pas du temps de Billy, mais les choses avaient changé.

    "Amiral Adama" dit-elle de sa voix sensuelle.

    "Bonjour Madame la Présidente, comment allez-vous ?"

    "Bien, je vous remercie. Et vous ?"

    Tous deux aimaient ce flirt, à chaque fois qu'ils se voyaient ou s'appelaient, les conversations commençaient toujours sur un ton amical et sensuel, c'était presque devenu un jeu quand tout était calme dans la flotte. Bien entendu, en temps de crise, ils étaient assez professionnels pour cesser mais ça leur manquait.

    "Lee est entré en contact avec un vaisseau colonial. Il y a environ 400 personnes sur la planète cachée derrière les débris. Je me disais qu'on pourrait sans doute faire une petite halte."

    "Pourquoi ?"

    "Comment ça, pourquoi, Madame la Présidente ?"

    "La dernière fois que nous nous sommes arrêtés quelque part, je ne me souviens pas que ça se soit très bien passé."

    "Laura" soupira Bill, "ça n'a rien à voir avec New Caprica. On laisse tout le monde se dégourdir les jambes, on fait les réparations qui s'imposent sur les vaisseaux et on repart dans quelques jours. D'autant que votre vaisseau fait partie de ceux qui en ont besoin. De plus, L'Iliade a trouvé de la nourriture sur cette planète, et ils ont rationné ce qu'ils avaient encore dans leurs soutes."

    L'utilisation de son prénom fit réfléchir la Présidente des Douze Colonies. Non pas que ça la dérange, au contraire. C'était plutôt sa manière de plaider qui l'incita à revoir ses positions. Elle devait admettre que la flotte devenait vraiment nerveuse quand ils ne trouvaient pas de planète pour se ravitailler assez souvent.

    "C'est d'accord, Bill, vous avez gagné."

    "Pour une fois !" dit l'Amiral en riant.

    "Ne prenez pas goût à la victoire, Bill, ça ne sera sans doute pas si simple la prochaine fois."

    "J'ai hâte de voir ça, Madame la Présidente."

    Laura garda le silence quelques instants.

    "J'ai hâte de vous voir, Laura" avoua Bill, doucement.

    "Moi aussi" répondit-elle sur le même ton, puis elle s'éclaircit la gorge et lui demanda "quel est le programme pour notre halte ?"

    "Je vais faire prévenir tous les capitaines de la flotte, Lee nous a fourni des éléments précis pour les atterrissages. Je pense que nous serons tous prêts en fin de matinée, demain."

    "Peut-être aurons-nous la chance de boire un vrai café" dit-elle, en riant doucement.

    "Si c'est le cas, nous le partagerons tous les deux."

    Laura passa une main dans ses cheveux et s'imagina en train de se balader sur la terre ferme, au bras de l'Amiral, comme ils l'avaient fait sur New Caprica avant l'arrivée des Cylons. Ils avaient partagé de bons moments et elle était nostalgique de cette époque, de ces moments où elle n'était plus Présidente et que son titre d'Amiral était plus honorifique qu'autre chose.

    "Bien entendu, Bill" répondit-elle, lointaine et pensive.

    "Je me charge de l'annonce ou vous préférez le faire ?"

    "Honnêtement, Bill, c'est votre idée donc c'est à vous de le faire" dit Laura. Tory frappa et entra dans son bureau. Elle soupira et ajouta "vous avez vos ordres Amiral, bonne nuit."

    Comprenant qu'elle n'était plus seule, Bill sourit et répondit "Oui Madame la Présidente, bonne nuit à vous aussi."

    La nuit de Laura s'annonçait chargée car elle avait encore beaucoup de choses à régler et Tory la remit au travail. Elle écouta avec un léger sourire l'annonce de l'Amiral à l'ensemble de la flotte et elle réalisa à quel point elle aimait entendre sa voix grave.

    Le lendemain matin, les premiers vaisseaux civils furent invités à rejoindre le point de rendez-vous, où Lee Adama les attendait. Le Capitaine Parks attendait à ses côtés, un peu nerveux mais également ravi de voir la flotte coloniale arriver pour les dépanner - surtout le Galactica et ses mécaniciens. Depuis le début de la guerre atomique, les survivants de ce vaisseau fuyaient et n'avaient pas été pourchassés par les Cylons, mais ils erraient de systèmes en systèmes. Le vaisseau commençait à montrer des signes de fatigue et aucun de ses hommes n'était assez qualifié pour qu'il se lance dans de grandes réparations.

    Les deux derniers vaisseaux à se poser furent bien entendu le Colonial One et le Galactica, avec son commandant, Bill Adama. Il souriait et saluait tout le monde quand le Capitaine Parks vint se présenter à lui, alors qu'il était un des derniers à descendre.

    Adama écouta d'une oreille distraite, son attention tournée vers le Colonial One, dont tous les occupants étaient descendus, sauf une personne et pas n'importe laquelle... Laura n'était toujours pas là. Tigh remarqua son absence et prit le relai de la conversation. Bill en profita pour s'éclipser. Ni Lee ni Tigh ne se faisaient d'illusions sur l'objet de sa déconcentration.

    L'Amiral Adama monta à bord du vaisseau présidentiel et trouva Laura en train de s'activer dans son bureau. Elle portait une tenue plutôt décontractée : une chemise en coton juste assez boutonnée avec un jean. Ses cheveux étaient détachés, tombant en cascade sur ses épaules et dans son dos. Ses lunettes étaient posées sur le bureau et Bill observa la Présidente ranger des dossiers dans des boites.

    "Le classement était si urgent que vous ne prenez même pas la peine de quitter cet appareil ?"

    Laura sursauta et posa la main sur son coeur.

    "Amiral, vous m'avez fait peur !"

    "Désolé, ça n'était pas mon intention, Madame la Présidente."

    "Bill, nous sommes seuls, appelez-moi Laura."

    Bill lui sourit : "avec plaisir, Laura !"

    Elle continua de ranger son bureau sans s'occuper de Bill plus longtemps mais il se rappela à son bon souvenir.

    "Laura, si on sortait saluer vos nouveaux administrés ?"

    "Allez-y, je vous rejoins, Bill" dit Laura, évasivement.

    Mais l'Amiral n'était pas dupe, il avait compris qu'elle était réticente à quitter son vaisseau et à sortir. Les souvenirs de New Caprica étaient encore forts et Bill comprenait que Laura avait été éprouvée par cette expérience.

    Il s'approcha d'elle et posa la main sur son bras pour attirer son attention. Elle se tourna et lui sourit. Il se baissa et la fit basculer sur son épaule. Elle frappa son dos du plat de ses mains en criant : "Bill ! Posez-moi immédiatement !"

    Bill rit et se dirigea vers la sortie.

    "Amiral Adama, en tant que Présidente des Douze Colonies, je vous ordonne de me poser au sol ! Je ne plaisante pas !"

    Bill décida de l'ignorer et se mit à rire doucement tandis que Laura frappait toujours son dos pour qu'il la dépose.

    Il sortit du Colonial One alors certains survivants de l'Iliade s'étaient réunis autour du Colonel Tigh, d'Apollo et de leur Capitaine.

    "Qui est-ce ?" demanda ce dernier.

    Lee et Tigh se retournèrent pour voir Laura Roslin chargée comme une captive sur l'épaule large de l'Amiral Adama.

    "Hum… C'est…" commença Lee alors que déjà son père arrivait à leur hauteur.

    "Mesdames et Messieurs, voici la Présidente des Douze Colonies de Kobol !" dit-il en déchargeant son fardeau.

    Laura se tint alors droite comme un I, elle lissa ses cheveux et prépara son sourire de politicienne.

    "Enchantée Capitaine Parks" déclara-t-elle, en lui tendant la main.

    Le Capitaine, quoiqu'un peu surpris, lui rendit son salut.

    "C'est un honneur Madame la Présidente. Dois-je comprendre que le Président Adar n'est plus de ce monde ?"

    "En effet, j'ai terminé son mandat puis… après bien des déboires, j'en assure un nouveau."

    "Peut-être pourrons-nous nous entretenir plus tard au sujet de notre intégration dans la flotte ?"

    "Plus tard, Capitaine" déclara Bill Adama, reprenant son rôle de chef de flotte. "Pour le moment, Madame Roslin a besoin de prendre un peu l'air."

    "Bien entendu."

    Kara « Starbucks » Thrace arriva en courant, sourire aux lèvres.

    "Amiral, Capitaine, Colonel, Lee, Madame la Présidente" récita-t-elle en leur adressant un signe de tête à chacun.

    Ils lui rendirent tous la politesse, surpris de la voir sourire. Laura souleva un sourcil quand Kara se tourna vers elle.

    "Madame, si vous voulez bien me suivre, j'ai trouvé quelque chose qui va vous plaire !" et sans plus de cérémonie, elle attrapa la main de la femme et la tira à sa suite.

    Adama fit un mouvement pour suivre mais Kara l'en empêcha.

    "Non, Amiral, juste la Présidente !"

    Le sourire rassurant de Kara calma l'angoisse de Bill mais il envoya les Marines escorter les deux femmes.

    Laura put apercevoir une large étendue d'eau plus loin.

    "C'est…"

    "Oui, Madame, la mer !" dit Kara en sautillant comme une gosse.

    "Mais, je n'ai pas de maillot !"

    Kara stoppa son avancée et se tourna vers les Marines.

    "Messieurs, vous surveillez le périmètre mais interdiction formelle de vous retourner !"

    Athéna s'approcha de Laura et lui sourit. Elle ne semblait pas comprendre ce qui se passait mais quand les deux jeunes femmes commencèrent à se dévêtir, elle comprit les ordres reçus par les Marines.

    Kara se retrouva bientôt en shorty et encouragea Laura à les rejoindre dans l'eau. La Présidente des Douze Colonies évalua la situation : quel mal pouvait-il y avoir, pour une femme dans sa position, de prendre un bain de mer relaxant après ces mois enfermée dans une boite de conserve dans l'espace ? Aucun, si elle ne se faisait pas surprendre. Cependant, elle comptait sur l'intimidation du lieutenant Thrace pour que ses gardes du corps ne se rincent pas l'oeil.

    Laura Roslin souffla un bon coup et commença à retirer ses vêtements. Elle conserva sa culotte en dentelle noire et avança vers l'eau. Elle trempa ses pieds et l'eau était fraîche mais pas froide. C'était vivifiant et Laura plongea quand elle fut suffisamment immergée. Elle sortit la tête de l'eau non loin de Kara. Elle lissa ses cheveux sur son crâne et la militaire lui demanda : "Alors, Madame la Présidente, est-ce que ça n'est pas merveilleux ?"

    Laura lui sourit et répondit "Oh que si ! Mais vu les circonstances, vous pouvez m'appeler Laura…"

    Kara et Athéna se mirent à chahuter et à rire dans l'eau alors que Laura se décida à nager plus loin, pour se détendre. Elle avait fait de la natation étant jeune et son corps avait gardé en mémoire l'entrainement. Kara la surveillait du coin de l'oeil car elle ne voudrait pas être la personne qui devrait annoncer à l'Amiral que la Présidente avait eu un accident.

    Un bon moment plus tard, alors que Laura nageait vers la rive, surveillée par Kara et Athéna, sur la plage, elle vit un groupe de personnes se rapprocher. Ses Marines, toujours de dos, resserrèrent les rangs et se reculèrent vers les deux officiers sur le rivage. Laura hâta son retour mais Kara l'empêcha de sortir de l'eau.

    Elle et Athéna n'avaient pas eu le temps de se vêtir mais elles ne semblaient pas gênées d'être presque nues devant un groupe d'hommes inconnus.

    "Qui êtes-vous ?" cria Kara, de sa voix la plus menaçante.

    Un homme sortit du rang et se présenta comme le second du Capitaine de l'Iliade.

    "On ne vous veut aucun mal, mais on a apprit que la Présidente des Colonies se baladait par ici, on voulait juste la voir."

    Kara tapa sur l'épaule d'un des gardes de Laura et lui parla à l'oreille. Laura le vit quitter la plage au pas de course.

    "Vous ne pouvez pas la voir, elle fait une petite pause !" lança Kara, furieuse d'avoir été prise par surprise, alors qu'elle voulait faire plaisir à Laura.

    Sentant que le ton montait - et connaissant le caractère de Kara - Laura se décida à sortir de l'eau, ses mains masquant sa poitrine. Un petit vent s'était levé, faisant frissonner la Présidente.

    "Monsieur, pourrions-nous nous retrouver plus tard, au centre de ce qui semble être votre village ? Je suis un peu occupée pour l'instant."

    L'homme à qui elle s'était adressé n'en revenait pas. Laura était une belle femme, encore en très forme pour son âge. Kara avait remarqué la perte de poids qu'elle mettait sur le compte du cancer et de la malnutrition - mais elle aussi devait admettre que la Présidente était encore et toujours une belle femme.

    Voyant d'autres personnes arriver, Kara et Athéna se placèrent devant Laura, pour la masquer mais les officiers soupirèrent de soulagement en voyant l'Amiral arriver avec son fils.

    Bill dispersa tout le monde avec sa voix grave et son autorité naturelle puis il glissa un regard vers les trois femmes et sentit le rouge lui monter aux joues, comme un adolescent. Lee évita aussi de regarder dans la même direction que lui, trop gêné par la nudité des femmes - même si Kara n'avait plus vraiment de secret pour lui…

    Adama renvoya les Marines vers le vaisseau présidentiel et s'approcha comme il put de Laura pour lui tendre une serviette. Elle la passa avec plaisir autour de ses épaules et Bill se tourna pour lui frictionner les bras puis le dos. Elle grelottait mais souriait.

    Lee offrit également de quoi se sécher à ses deux pilotes, puis ils quittèrent la plage, laissant Bill et Laura en tête à tête.

    "Mais que vous est-il passé par la tête, Madame la Présidente ?"

    Laura gloussa et répondit "mais rien, Amiral, je prenais juste un petit bain de mer !"

    "Dois-je conclure que vous avez enfin pris un peu de bon temps ?"

    "Disons que je me suis offert une pause bien méritée."

    Elle se tourna pour faire face à l'Amiral, elle plongea dans ses yeux bleus et lui sourit. Elle caressa sa joue d'une main.

    "Vous devriez songer à faire de même, de temps en temps… Bill"

    Puis, elle déposa un baiser sur ses lèvres et quitta la plage à son tour. Bill ramassa ses vêtements abandonnés et la suivit.

    Le Capitaine Parks avait réussi à organiser un buffet et les dirigeants de la flotte ainsi que les Capitaines de tous les vaisseaux furent conviés. Cependant, un peu partout, les gens profitaient de la terre ferme et faisaient la fête.

    De nombreuses personnes avaient tenu à serrer la main de leur nouvelle Présidente et en fin de soirée, Bill décida de l'escorter à son vaisseau. Il avait remarqué qu'elle était épuisée. Il renvoya les Marines et sur le trajet, elle l'attira vers la plage.

    "Où allez-vous, Madame la Présidente ?"

    "J'ai envie d'un bain de minuit, pas vous Bill ?"

    Le sourire carnassier qu'elle lui offrit le fit frissonner, d'anticipation. Ils avaient déjà passé d'intéressantes soirées tous les deux, sur New Caprica, mais à l'époque, elle était seulement institutrice. Là, elle était redevenue la femme la plus puissante de la flotte.

    Il la regarda se déshabiller et entrer dans l'eau, seulement éclairée par la lune.

    "Bill, allez-vous vraiment me laisser me baigner seule dans cette eau noire ?" dit-elle, d'un ton taquin.

    "Certainement pas, Madame la Présidente, je suis responsable de votre sécurité ce soir !" répondit-il.

    Laura devina le sourire en coin, au son de sa voix - et elle frissonna aussi. Puis, elle observa le très distingué Amiral Adama se dévêtir et entrer dans l'eau pour la rejoindre.

    Leurs corps se trouvèrent et leur chaleur réchauffa l'eau qui les entourait.

    "C'est ce que j'appelle un vrai bain de minuit !" déclara Laura, les bras autour de la nuque de Bill, alors qu'ils reprenaient leur souffle.

    Bill embrassa son épaule et caressa son dos. Laura sentait que la nuit ne faisait que commencer mais elle se mit à frissonner et ça n'avait plus rien à voir avec leur étreinte.

    "Viens, je te raccompagne" déclara l'Amiral.

    Ils se rhabillèrent rapidement et Bill tendit sa main à Laura, pour la guider vers le Colonial One. Ils entrèrent et se rendirent dans les quartiers privés de la Présidente.

    Plus tard, allongés l'un contre l'autre, au chaud sous les couvertures, Bill déclara : "Alors, Laura, finalement, cet arrêt n'était pas une si mauvaise idée ?"

    "Non, Bill, pas du tout. D'ailleurs, je pense qu'on devrait le faire plus souvent !" déclara-t-elle, en riant.

    Bill la serra un peu plus contre son torse massif et il la sentit s'endormir, il déposa un baiser sur sa tempe. Il la rejoignit dans le sommeil peu après et tous deux avaient le sourire aux lèvres.

    FIN


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  • La Surprise

    Genre/Pairing : Ship Bill/Laura

    Saison : Quelque part dans la saison 2 - Après le rétablissement de Laura, avant la mort de Billy.

    Disclaimer : Les personnages de la série ne m'appartiennent pas.

    ***

    "Amiral, le Colonial One signale une avarie technique" annonça Anastasia "Dee" Dualla, quand William Adama se présenta au CIC, ce matin-là.

    "Quel genre d'avarie ?" s'inquiéta le commandant de la flotte.

    "Le Capitaine l'ignore, Monsieur, il nous informe juste que le vaisseau sent le brûlé."

    Le Second, le Colonel Saul Tigh, jeta un regard interrogateur à son vieil ami.

    "La Présidente ne t'a rien dit ?" demanda Tigh, en sachant que l'Amiral et Laura Roslin se parlaient matin et soir, même les jours où la femme la plus puissante de la flotte honorait le Galactica de sa présence.

    "Non, elle n'en a pas parlé. J'étais en ligne avec elle quand Starbuck est entrée dans mes quartiers, j'ai dû écourter la communication..." répondit Bill, pensif.

    "Il y a de l'eau dans le gaz ?" demanda Tigh, pour taquiner un peu son ami.

    "De quoi parles-tu ?" lança Bill, moyennement ravi des insinuations de son Second.

    "Tu sais, ça commence comme ça et dans pas longtemps, elle fera réparer son vaisseau auprès des techniciens du Pegasus..."

    Bill ne se donna pas la peine de répondre tellement l'idée lui paraissait saugrenue.

    Le Colonel et l'Amiral reprirent leurs activités normales, veillant sur la flotte tout en organisant leur voyage vers une destination mystérieuse : la Terre.

    Le chef Tyrol se présenta à Bill dans la journée, visiblement embarrassé par sa mission.

    "Je vous écoute, Chef" annonça Bill, voyant l'homme dans son champ de vision.

    "Permission de quitter le Galactica pour me rendre sur le Pegasus, Monsieur ?"

    "Pour quelle raison, Chef ?" demanda l'Amiral, on posant son crayon sur la console face à lui.

    Il étudiait les traits de son chef mécanicien, de plus en plus troublé.

    "Le Chef Laird a demandé mon aide sur son pont et comme c'est plutôt calme chez nous, je pensais pouvoir lui donner un coup de main."

    Dans le fond, Bill n'était pas contre l'idée mais ce qui le gênait résidait dans l'attitude de Tyrol.

    "Quel est le problème, Chef ?" demanda Bill d'une voix autoritaire, afin de forcer l'homme à avouer ce qui se tramait dans son dos.

    Tyrol inspira un grand coup avant d'avouer à l'Amiral la raison qui poussait Laird à demander son assistance.

    "Laird ne connait pas bien les vaisseaux de classe Colonial Heavy 798 et il souhaite mon expertise avant de se lancer dans les réparations, Monsieur."

    Tigh jeta un regard lourd de sens à Bill.

    "Qu'est-ce que..." Bill ne termina pas sa phrase tant il était outré. "Pourquoi est-ce que le Colonial One ne vient pas directement ici ? La Présidente sait bien que vous seul avez l'habitude de réparer son vaisseau !"

    Tyrol regardait ses chaussures, incapable de trouver une réponse appropriée pour l'Amiral.

    "Dee, appelez le capitaine du Colonial One et dites-lui de se poser dans notre hangar !"

    Dualla allait obéir quand Tyrol l'arrêta en disant à l'Amiral : "Le vaisseau est déjà dans celui du Pegasus, Monsieur !"

    "Cette femme va me rendre dingue un de ces jours !" gronda Bill, en quittant le CIC.

    Il laissa les commandes à son Second et se rendit directement vers les hangars, suivi par le Chef. Adama monta dans un Raptor, invitant Tyrol à le suivre puis il alluma les moteurs de son petit vaisseau. La permission de quitter le Galactica lui fut, bien entendu, accordée - tout comme celle d'apponter dans le Pegasus.

    Le commandant du Battlestar l'accueilli en personne et les deux hommes laissèrent à Tyrol le soin de retrouver Laird afin de jeter un oeil sur le vaisseau présidentiel.

    "Où se trouve la Présidente ?" demanda Bill.

    "Elle est partie vers la salle de réunion, dès son arrivée."

    "Que font ses Marines et Billy ici, dans ce cas ?" demanda Bill, mécontent.

    "Elle... elle a demandé à s'y rendre seule. Elle a ajouté qu'elle connaissait assez le vaisseau pour se repérer" bafouilla Jack.

    "Elle connait le Galactica mais le Pegasus est plus grand et organisé de façon différente ! Elle risque de se perdre !" gronda Bill, en faisant signe aux Marines de le rejoindre.

    Il leur confia la mission de chercher et de retrouver la Présidente, pendant que lui aussi partait à sa recherche, de son côté.

    Il la trouva après avoir parcouru de nombreux couloirs du Battlestar le plus récent. Il la salua et fronça les sourcils quand elle ne lui rendit pas son sourire. Laura se contenta d'un salut froid et guindé.

    "Je suis bien contente que vous m'ayez trouvée, je suis perdue et je n'ai vraiment pas de temps à perdre, j'ai du travail."

    Bill la guida vers la salle qu'elle cherchait et tenta de percer les mystères de cette petite femme brune.

    "Madame la Présidente, pourquoi avoir demandé aux techniciens de ce vaisseau de réparer le Colonial One, au lieu du Chef Tyrol et de son équipe, qui sont plus habitués ?"

    "J'ai tenté de vous parler de mon problème, Amiral, pas plus tard que ce matin mais vous avez coupé court à la communication. J'en ai donc déduis que vous étiez préoccupé par autre chose et que donc votre équipage serait réquisitionné."

    Bill devait reconnaitre qu'il avait été un peu cavalier avec Laura ce matin-là, car Starbuck était entrée comme une bombe dans ses quartiers, hurlant de joie après avoir trouvé quelque chose que Bill cherchait depuis longtemps. Comme il ne voulait pas que la Présidente entende ce que Kara avait à lui dire, il avait raccroché sans écouter ce que l'autre femme avait à dire.

    Il baissa la tête, tout en réfléchissant à ce qu'il pourrait dire pour calmer la colère de Laura mais en y pensant bien, il préféra garder le silence. Ses paroles ne pourraient que jeter de l'huile sur le feu. Il devrait attendre qu'elle se calme pour lui présenter des excuses.

    Laura semblait contrariée et une fois devant la porte de la salle de conférences, elle congédia l'Amiral : "Je suis arrivée, merci Amiral Adama."

    Elle entra dans la pièce et ferma la porte sur le nez de Bill. Il soupira et décida d'aller retrouver le Chef et de suivre les réparations de près, cette fois.

    Plus tard, juste avant l'heure du déjeuner, Bill retrouva Laura dans sa salle de travail. Elle n'avait pas demandé au Commandant d'utiliser ses quartiers privés et l'Amiral en était heureux, cela prouvait qu'elle se sentait à l'aise avec lui, et lui seul. Il frappa à la porte de la salle de conférences et la voix lasse de Laura l'invita à entrer.

    "Madame la Présidente, votre vaisseau devrait être réparé dans l'après-midi. En attendant, je voulais savoir si vous vouliez déjeuner au mess avec moi ?"

    Laura leva un sourcil mais sourit doucement et se rangea ses affaires, laissant entendre à Bill qu'elle acceptait sa proposition.

    Alors qu'ils marchaient tous deux vers le mess, le silence fut troublé par Kara.

    "Amiral, Amiral !" hurla-t-elle, dans le couloir, faisant s'arrêter le couple.

    Bill surprit le soupir de Laura, accompagné d'un regard vers le plafond. Il ignorait pourquoi l'arrivée de Starbuck, bien que bruyante, donnait tant envie à la Présidente de lever les yeux au ciel.

    "Starbuck ?" interrogea l'Amiral, alors que Laura avait repris son chemin vers le mess.

    "Je, euh…" bafouilla Kara, consciente de la proximité de la Présidente. "Non, rien, on verra ça plus tard."

    Puis, elle tourna les talons et détala comme un lapin. Bill rattrapa Laura en quelques enjambées.

    Le silence avait repris ses droits dans le couloir mais l'Amiral pouvait sentir la tension dans l'air.

    "Un problème, Amiral ?" demanda Laura, consciente du regard de Bill sur elle.

    "Du tout, madame la Présidente."

    "Votre officier ne peut plus parler devant moi ?"

    "Pardon ?"

    "Habituellement, ma présence ne gêne nullement vos affaires militaires… A moins que celle-ci soit d'ordre privé ?"

    Bill fut troublé par le sous-entendu de Laura. Savait-elle ? Comment pouvait-elle même se douter ?

    "J'ignore de quoi voulait me parler Starbuck, madame la Présidente, je vous l'assure."

    "C'est qu'elle ne peut tout simplement plus se passer de vous, Amiral."

    Ils arrivèrent au mess et les regards convergèrent vers eux, sans que ça ne les dérange, ils avaient l'habitude. Cependant, les officiers du Pegasus étaient moins coutumiers de leur présence.

    Bill laissa Laura passer devant lui afin de se servir et de choisir une table libre. Il méditait encore sur ses paroles. Que voulait-elle dire ? Il considérait Kara comme la fille qu'il n'avait pas eue et pour elle, il incarnait une figure paternelle stable et solide, mais de là à penser qu'elle s'accrochait à lui…

    Le repas fut calme et pesant, car Laura ne répondait pas très bien aux tentatives de Bill de lancer un sujet de conversation. Il accueillit avec bonheur le Chef Tyrol quand il vint les prévenir que le Colonial One était nouveau opérationnel.

    Il n'avait cependant jamais vu une femme le fuir si vite. Dès qu'elle eut confirmation qu'elle pouvait réintégrer son vaisseau, Laura sauta sur ses pieds et courut presque vers les hangars, Bill sur ses talons. Il devait également rentrer, mais sur le Galactica.

    Sa tentative de réconciliation avec la Présidente avait lamentablement échoué et Bill se demandait comment arranger les choses.

    Il passa au CIC une fois de retour chez lui mais comme tout était calme, le Colonel Tigh lui conseilla de prendre du repos, il semblait fatigué - et il l'était. Il regagna ses quartiers et ôta sa veste d'uniforme, ne portant plus que ses deux débardeurs - un gris et un noir - superposés et son pantalon réglementaire.

    Il était au milieu d'un livre qu'il n'avait pas lu depuis des lustres quand Starbuck se présenta.

    "Hé Amiral, j'ai enfin trouvé la pièce manquante !" lança-t-elle, joyeuse.

    Elle se renfrogna face à sa mine sombre.

    "Que se passe-t-il ?"

    "Oh rien" fit-il, las, en passant ses mains sur ses yeux fatigués.

    "La surprise ne s'annonce pas bien, à ce que je vois" commenta Kara. Elle s'approcha de Bill et posa une main amicale sur son épaule.

    Bill soupira.

    "J'ai du mal à comprendre la Présidente, parfois."

    "C'est une femme, Amiral. Vous avez tendance à l'oublier parce que vous ne voyez que la Présidente en elle…"

    Et soudain, Bill réalisa !

    "Merde !" lâcha-t-il, en se levant d'un coup. Tellement soudainement que Kara tomba presque à la renverse.

    Il fit les cent pas dans ses quartiers alors que Kara arrangeait les derniers détails de la surprise.

    "Je dois trouver une excuse, un moyen de la faire venir ici…"

    "Laissez-moi m'occuper de ça, gérez le reste, je vous ferais signe quand elle sera en route !" lança la jeune femme blonde avec un sourire éclatant.

    Bill la regarda partir, intrigué.

    Kara se rendit au CIC, prenant à peine le temps de saluer Tigh. Elle se dirigea vers le poste de Dualla.

    "Dee, j'ai besoin de ton aide."

    Dualla haussa un sourcil car Kara et elle n'étaient pas spécialement amies. Face à son mutisme, la blonde précisa sa pensée.

    "Tu dois absolument appeler Billy et lui demander de trouver une excuse pour faire venir la Présidente ici."

    "Et pourquoi je ferais ça pour toi ?" demanda Dualla, méfiante.

    "Fais-le pour l'Amiral, pas pour moi."

    Et sa réponse sembla satisfaire la métisse. Kara savait que l'Amiral était très apprécié de ses officiers et tous feraient toujours le maximum pour lui faire plaisir.

    Dualla prit son combiné et appela le Colonial One. Une fois en ligne avec Billy, succinctement, elle lui demanda d'inventer un prétexte pour que la Présidente se rende sur le Galactica.

    "Justement Billy, je ne sais pas ! Je comptais un peu sur toi pour ça…" soupira Dualla.

    Après quelques minutes de conversation, Dualla avoua que l'Amiral avait besoin de la voir mais puisqu'ils paraissaient en froid, il ne savait pas bien comment faire pour qu'elle accepte une invitation - non officielle. Puis, Billy déclara qu'il avait une idée et raccrocha.

    Un peu plus tard, au CIC, le Colonel Tigh reçut une demande émanant du Colonial One. La Présidente demandait un raptor pour se rendre sur le Galactica, suite à la demande de l'Amiral. Tigh leva un sourcil mais quand il vit Kara hocher la tête de haut en bas, il ne réfléchit pas plus longtemps et donna son accord. De toute façon, pouvait-il vraiment refuser ce genre de demande ?

    Comme convenu, Kara appela Bill dans ses quartiers afin de le prévenir de l'arrivée imminente de Laura.

    Son escorte de Marines s'arrêta à la porte des quartiers privés de l'Amiral et la Présidente entra après y avoir été invitée. Billy ne lui avait pas donné le motif de l'invitation mais il avait précisé que c'était urgent et que la réunion se tiendrait à huis clos.

    "Amiral Adama ?" appela Laura.

    "Par ici !" lança l'homme, d'un coin où Laura ne se rendait que très rarement : la salle de bain.

    Elle se demanda quel genre de réunion pouvait bien se tenir dans cette partie de ses quartiers ?

    Quand elle trouva l'Amiral, il avait posé une fesse sur le rebord d'une…

    "C'est une baignoire, Amiral ?"

    Il sourit alors qu'une odeur agréable se dégageait de l'eau - chaude si on en croyait les volutes de vapeur - qui emplissait l'énorme cuve de cuivre.

    "Oui madame ! J'ai pensé qu'avec tout ce que vous aviez traversé, un bain ne pourrait vous faire que du bien !"

    "Je n'en reviens pas ! Où avez-vous trouvé cette merveille ?" demanda Laura, les yeux brillants, comme une enfant.

    "Je vous avouerais que ça n'a pas été simple mais Starbuck a cherché longtemps et toujours sur son temps libre pour trouver les pièces de robinetterie manquantes. J'ai trouvé la baignoire sur le Cloud 9, pendant une tournée d'inspection. Elle était stockée dans un coin, car trop encombrante."

    "Alors c'est de ça que voulait vous parler Starbuck ?" demanda Laura, gênée, consciente que sa jalousie avait été un peu excessive.

    "Oui, c'est aussi elle qui a soumis l'idée du plateau amovible en bois. Maintenant, si vous le voulez bien, je vais vous laisser avant que l'eau ne refroidisse."

    Alors que Bill la frôlait pour quitter la pièce et lui laisser un semblant d'intimité dans un vaisseau peuplé de 2.000 êtes humains, Laura l'arrêta d'une main sur l'avant-bras.

    "Elle semble immense cette baignoire, vous ne voudriez pas partager avec moi ?"

    Bill la dévisagea en se demandant si elle était sérieuse mais les pupilles noires de la femme face à lui répondirent mieux que sa bouche, qui s'écrasa contre la sienne. Elle avait senti son hésitation et lui faisait comprendre qu'elle savait bien ce qu'elle proposait.

    Dans le couloir, loin derrière l'écoutille, Billy et Dualla se concertaient.

    "Il est toujours là-dedans ?" demanda Kara en arrivant, au pas de course.

    Les deux complices hochèrent la tête.

    "C'est bon ou mauvais à votre avis ?"

    "Qu'est-ce qui se passe ici ?" demanda Lee Adama, voyant ses trois amis réunis non loin des quartiers de son amiral de père.

    "Rien que tu veuilles savoir, Lee" répondit Kara, amusée.

    "Comment ça ? Si ça concerne mon père, alors ça me concerne aussi !"

    "Lee, il va falloir que tu sois fort" commença Kara, se retenant à peine de rire. "Mais dans pas longtemps, je pense que tu auras une nouvelle maman !"

    Elle laissa un Lee pensif, hésitant à déranger son père alors que visiblement, il n'était pas seul…

    FIN


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  • Never give up hope

    Genre/Pairing : Ship Bill/Laura

    Saison : Quelque part dans la saison 2 - Après le rétablissement de Laura, avant les élections et la découverte de New Caprica.

    Disclaimer : Les personnages de la série ne m'appartiennent pas.

    Note de l'auteur : Idée inspirée du blog : http://imagineyourotp.tumblr.com/

    * Imagine your OTP just had a fight. Person A gets upset with Person B and ignores them for days, including phone calls, texts, and emails. Eventually, Person B has enough and decides to visit Person A, but on the way there, they nearly run into each other, where they then stare delicately into each other's eyes for a long minute, then both laugh at how silly they are: how they had ran to each other at same time in desperation of missing each other. They then share a quick kiss, and go to their favorite place together.

    "Imaginez que votre couple fétiche vient de se disputer. Le personnage A est en colère après le personnage B et ils s'ignorent pendant des jours, pas d'appels, ni de messages, ni d'emails. Finalement, le personnage B en a assez et décide d'aller voir le personnage A, mais à mi-chemin, ils se rentrent presque dedans. Ils se regardent dans les yeux pendant un long moment et finissent par rire de leur bêtise : la manière dont ils se sont jetés l'un sur l'autre en même temps, à cause du besoin de se voir. Ils partagent ensuite un rapide baiser et se rendent tous les deux dans leur lieu préféré."

    ***

    Personne n'avait dit à Laura Roslin qu'être Présidente des Douze Colonies de Kobol serait un tel challenge au quotidien. Cependant, elle devait reconnaitre que son ancien amant, feu le Président Adar, n'avait pas eu à gérer un holocaust nucléaire, ni à travailler avec l'Amiral William Adama.

    Bien entendu, Adar n'avait pas non plus été le Président de 50.000 réfugiés fuyant les Cylons, à la recherche de la Terre, puisque les 12 Colonies avaient été anéanties.

    Laura Roslin devait terminer le mandat du Président mort et faire face à de toutes nouvelles responsabilités, tant la situation était inédite. Elle venait aussi de se battre contre un cancer du sein qui l'avait épuisé et même si elle avait remporté la bataille, grâce à un coup de pouce scientifique, elle ne s'estimait pas chanceuse !

    Bien sûr, elle n'était plus malade et bien sûr, cette femme était rassurée de savoir qu'elle pourrait guider son peuple vers la Terre, cette planète convoitée, leur 13ème Colonie - si les textes disaient vrai - mais elle était épuisée, tant moralement que physiquement.

    Et même si certains jours, elle maudissait l'Amiral Adama d'être si borné et têtu, elle ne pouvait s'empêcher de l'aimer ! Car oui, elle l'aimait. Ce n'était pas un coup de foudre, comme elle lisait souvent dans les romans qu'elle aimait tant. Non, c'était venu petit à petit.

    Adama l'avait faite enfermer en cellule juste avant de se faire tirer dessus par un de ses meilleurs officiers, son propre fils avait pris le parti de la Présidente, tous deux s'étaient enfuis alors qu'il était encore entre la vie et la mort puis ils s'étaient retrouvés sur Kobol et il l'avait pardonnée. Rien que ce dernier geste forçait le respect de Laura. Quand Cain et son Battlestar avaient rejoint la flotte coloniale, elle l'avait vu presque dépérir face à l'Amiral. Elle lui avait vivement conseillé de la faire abattre si elle devenait trop menaçante et il aurait obéi si Cain n'avait pas été la première à reculer.

    Et puis, elle l'avait promu Amiral et il l'avait embrassé. C'était arrivé juste après qu'elle lui donne ses nouveaux galons. Elle lui avait dit qu'il ne fallait pas perdre espoir et alors qu'elle était très malade, il lui avait dit que ce conseil valait pour elle également. Puis, elle lui avait tendu la main pour qu'il l'aide à se lever. Il avait attrapé sa main, puis son bras la soulevant presque de terre avec sa seule force. Elle chancelait souvent en position debout et il l'aida à se maintenir droite.

    Ce baiser avait été le plus doux et le plus délicat de tous les baisers que Laura ait reçu de son existence - ce qui était inattendu de la part d'un homme de cette carrure. Il avait délicatement attrapé son menton avec une de ses puissantes mains, il avait plongé ses yeux bleus dans les siens, leur vert terni par la maladie. Ils s'étaient souri, et Laura pensait que cet instant était terminé, qu'ils ne partageraient jamais rien de plus intime. Elle se trompait - chose rarissime.

    Enfin, Bill Adama avait tendu le cou et déposé délicatement ses lèvres chaudes sur celles, glacées, de Laura. Elle souriait encore avant de rouvrir les yeux - bien longtemps après lui - appréciant la chaleur qu'il lui avait transmise, comme son odeur entêtante. Elle cherchait à s'imprégner de ce moment afin de le garder en mémoire jusqu'à la fin, qu'elle savait proche.

    Quand finalement, elle avait soulevé ses paupières, elle l'avait trouvé avec un magnifique sourire éclairant son visage marqué. Puis il l'avait confiée à Billy, qui la guida vers ses quartiers privés afin qu'elle se repose. Elle savait qu'il avait pleuré quand elle avait quitté la pièce - enfin, quand on s'appelle Bill Adama, on pleure quand on a presque versé une larme. Cependant, elle ignorait toujours s'il avait pleuré à cause de sa promotion ou bien à cause de la mort imminente de la Présidente... ou de celle qu'il considérait comme une amie.

    Laura avait été sauvée et elle avait repris son travail, sans relâche. Elle trouvait ses seuls moments de joie dans ses rencontres avec Adama, lors de leurs réunions concernant la flotte. Même Laura devait reconnaitre à quel point c'était pathétique, mais elle n'y pouvait rien. Elle heureuse de le voir, et à chaque fois ça réveillait les papillons dans son ventre, comme une adolescente.

    Elle avait réalisé qu'elle tenait beaucoup à lui, juste après le baiser, quand elle s'avoua enfin qu'elle avait apprécié leur brève étreinte.

    Puis, quelques jours plus tard, quand elle était presque tombée dans le coma et qu'il avait demandé à la flotte, ainsi bien civile que militaire, de prier pour le salut de son âme, lui qui n'était pas croyant, elle avait compris. Elle était sûre qu'il avait prié les Dieux de son côté, leur recommandant l'âme de leur - de sa - bien-aimée Présidente.

    Elle pensait encore à leur baiser quand elle avait repris connaissance, après ses convulsions, quand Baltar lui avait injecté le sang du bébé à demi Cylon. Et depuis, elle ne cessait de penser à lui. Et quand elle n'était pas à bord de son vaisseau, à ses côtés, il lui manquait.

    Oui, la Présidente Laura Roslin était définitivement et irrévocablement amoureuse de l'Amiral William Adama.

    Mais certains jours, elle le détestait, corps et âmes ! Des jours comme aujourd'hui, où seule, de retour dans son bureau sur le Colonial One, elle ruminait sa colère.

    Laura avait passé une grande partie de la journée sur le Galactica, partageant un café dans les quartiers de l'Amiral juste avant de lancer leur réunion hebdomadaire, à propos des vivres et de l'eau. Ils faisaient le point pour surveiller leur consommation.

    La journée avait été épuisante aussi bien pour l'Amiral que pour la Présidente. Bill avait été appelé très souvent au CIC, des Cylons avaient été repérés et Laura avait fini par le rejoindre pour se tenir au courant de la situation.

    "Madame la Présidente, je pense que vous devriez retourner sur le Colonial One, je pense que notre entretien va devoir être écourté" déclara l'Amiral.

    "Amiral, je comprends bien que notre réunion doive être reportée mais à vrai dire, j'envisageais de rester sur le Galactica."

    "Madame la Présidente, avec tout le respect que je vous dois, je n'ai pas le temps de vous trouver une occupation ni de veiller sur vous ou sur vos besoins !" finit par lancer Bill devant tout le personnel du CIC.

    Laura le prit comme une insulte personnelle, comme si elle était incapable de se gérer toute seule.

    "Amiral Adama !" contre-attaqua Laura, en haussant le ton. "Je comptais rester ici car le système PRL de mon vaisseau est défaillant et vous n'avez encore demandé à personne d'y jeter un oeil, malgré mes nombreuses relances ! Alors oui, je vais retourner sur mon vaisseau mais si nous devons fuir une attaque Cylon et que nous sommes tués, vous serez l'unique responsable, Amiral !"

    Puis, Laura tourna les talons, suivie par ses Marines alors que Bill la regardait quitter le CIC, bouche bée.

    "J'aimerais autant qu'elle ne meurt pas, j'ai eu du mal à me faire à elle, je détesterais devoir m'habituer à la présence de Baltar au gouvernement, Monsieur" lança le Second, le Colonel Saul Tigh.

    Le Lieutenant Kara Thrace entra au CIC, un sourire sur les lèvres.

    "Je viens de croiser la Présidente, elle avait l'air d'être furax ! Qu'est-ce que vous lui avez fait, Amiral ?"

    "Moi je demanderais plutôt : qu'est-ce qui ne lui a pas fait ?" lança Tigh.

    Kara pouffa de rire, chose assez rare quand une blague était lancée par le Colonel.

    "Ca suffit tous les deux !" gronda l'Amiral.

    Quelques instants plus tard, le Lieutenant Gaeta confirma à Bill que le Colonial One venait de quitter les hangars du Galactica.

    "Prions pour que son système PRL n'ait pas de défaillance, en cas d'attaque !" marmonna Tigh, pour le seul bénéfice de Kara, qui ouvrit la bouche en grand, réalisant la raison de la colère de Laura.

    Les jours passèrent et les Cylons n'attaquèrent pas. Ils semblaient tester les défenses et la résistance de la flotte. Adama s'arrangea pour faire face, sans leur laisser voir que ses hommes étaient épuisés et à bout de nerfs. Lui-même dormait à peine, vérifiant, bond après bond, que le Colonial One suivait toujours.

    Comme Laura refusait de prendre les appels venant du CIC, Gaeta, se relayant avec Dualla, se tenait informé directement auprès du commandant du vaisseau présidentiel. Il faisait ensuite de nombreux rapports à l'Amiral - et tout était en ordre jusqu'à présent.

    Après plusieurs jours de ce traitement par le silence et une fois le calme revenu, Bill décida de se rendre sur le Colonial One, afin de s'entretenir avec la Présidente. Car malgré leur passé, Bill pensait souvent au soir où il avait dansé avec Laura, à bord du Cloud 9 et comme elle, bien entendu, à leur baiser. L'Amiral était un homme fier et il essayait de ne jamais laisser paraitre ses émotions, surtout pour elle mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir des sentiments. Une liaison entre les deux leaders de la flotte pourrait être mal perçue - ils étaient déjà accusés de coalition et de prendre des décisions souvent très limite de concert, à cause de leur complicité. Il s'agissait bien souvent de concession de part et d'autre, mais principalement de la partie militaire de leur duo.

    Se dirigeant vers les hangars de son énorme vaisseau, Bill pensa en souriant qu'elle avait encore gagné : elle l'avait ignoré et il partait la rejoindre. Qu'il ait raison ou tort, il était toujours celui qui s'inclinait. D'ailleurs, s'il venait un jour à le faire physiquement, Bill se disait qu'il n'aurait que plus de temps pour admirer ses magnifiques jambes.

    Perdu dans ses pensées, au détour d'un couloir, il faillit rentrer dans une personne arrivant en sens inverse. Il attrapa la personne par le bras, pour l'empêcher de tomber. Il baissa les yeux et rencontra le regard de Laura Roslin. Il ignorait qu'elle était à bord de son vaisseau.

    Kara Thrace apparut dans son champ de vision, elle les dépassa, faisant un clin d'oeil complice à l'Amiral. Bill comprit alors qu'elle était allée chercher la Présidente sans l'avertir afin qu'ils essaient d'arranger les choses.

    Autant, une liaison pouvait mal être perçue par la flotte et leurs administrés, autant cette guerre froide n'était pas plus tolérable - au contraire, c'était presque plus dangereux, comme ils l'avaient expérimenté quand il l'avait faite enfermer.

    Toujours plongé dans les yeux de Laura, Bill se mit à sourire. Puis, comme s'ils s'étaient donné le mot, ils se mirent à rire.

    "Bonjour, Madame la Présidente" salua Bill.

    "Bonjour, Amiral Adama."

    "Où alliez-vous comme ça ?"

    "Je venais vous voir."

    Ils se sourient encore, Bill pencha doucement la tête et Laura s'approcha un peu, en déposant ses mains sur les avant-bras de l'Amiral. Elle tendit un peu le cou et Bill anticipa son geste et l'embrassa délicatement.

    Il la sentit sourire contre sa bouche et Bill mit fin au baiser, tout en la serrant contre son torse. Elle posa son front sur son épaule et inspira longuement pour s'imprégner de son parfum.

    "Nous devrions quitter ce couloir, Madame le Présidente, on pourrait nous voir" murmura Bill, le visage dans les cheveux de Laura.

    Elle se serra un peu plus contre lui, en fermant les yeux avant de finalement relâcher sa prise sur Bill. Elle recula d'un pas et lui demanda de la conduire vers ses quartiers.

    "Bill, je pense qu'on a des choses à se dire" dit-elle, un grand sourire sur les lèvres.

    Bill attrapa sa main et guida Laura vers un avenir plein de promesses.

    FIN


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